La sophrologie, en tant que concept, se définit comme :

une nouvelle science ou une école scientifique spécialisée dans l’étude de la conscience, de ses structures et possibilités ainsi que de ses modifications, produites par des méthodes chimiques, physiques et psychiques pour son emploi en médecine

Caycedo, A. Dictionnaire abrégé de sophrologie et relaxation dynamique
Barcelone : Ediciones EMEGE, 1972

Elle se différencie du mot « sophronisation » qui, quant à lui, couvre le processus. On peut ainsi comprendre la différence entre « sophrologique » (relatif au concept de sophrologie) et « sophronique » (relatif au processus de sophronisation).

Au départ la sophrologie s’inspire des conceptions binswangérienne de l’analyse existentiale (existential versus existentiel), du principe d’autorégulation autogène, du basculement attentionnel et la sédation vigile (umschaltung) de J.H.Schultz.

Ludwig Binswanger et l’analyse existentiale

Selon Ludwig Binswanger, pour comprendre véritablement quelqu’un, la biologie ne suffit pas. L’être humain ne peut être réduit à son fonctionnement organique ou à ses symptômes. Le psychiatre suisse propose une lecture de l’homme fondée sur son rapport à l’existence, et non uniquement sur le fonctionnement de son organisme.

Il nous lègue ainsi une véritable boussole en trois axes, pour comprendre la complexité de la vie humaine.

1. Le Jeu et le Code (existentiel / Existential)

Il est essentiel de ne pas confondre la partie que chacun joue avec les règles du jeu elles-mêmes.

Le Code, lui, correspond à l’existential : les grandes lois universelles de l’existence, telles que la mort, la finitude, le temps, la quête de sens ou la condition humaine. Ces données sont communes à tous les êtres humains, elles constituent le cadre dans lequel toute existence se déploie.

Le Jeu renvoie à l’existentiel, la manière dont chaque personne vit son existence à travers ses choix, ses peurs, son histoire et son rapport singulier au monde. Cette dimension est toujours personnelle et unique. 

Cette distinction permet de comprendre qu’on ne résout pas une angoisse existentielle comme on résout un problème du quotidien. Lorsqu’une difficulté touche au Code, elle ne peut être abordée uniquement par des solutions pratiques ou techniques.

2. Nos trois adresses

Pour Binswanger, l’être humain n’habite pas un seul monde, mais trois dimensions interconnectées, qui s’influencent en permanence. Un déséquilibre dans l’une d’elles affecte l’ensemble de l’équilibre de la personne :

  • Umwelt : le monde physique, le corps et l’environnement.
  • Mitwelt : le monde social, le rapport aux autres.
  • Eigenwelt : le monde propre, le rapport à soi-même, à son identité et à sa vie intérieure.

Comprendre une personne suppose de prendre en compte ces trois « adresses » et la manière dont elles s’influencent mutuellement.

3. La vraie rencontre

La vraie rencontre constitue le sommet de l’expérience humaine. Il ne s’agit pas simplement de côtoyer quelqu’un ou d’entrer en relation de manière fonctionnelle, mais de cesser de voir l’autre comme un objet.

La vraie rencontre est un moment de présence authentique, où deux existences partagent, ne serait-ce qu’un instant, une réalité commune. Elle constitue, pour Binswanger, le seul véritable antidote à la solitude existentielle.

Dans lequel de ces trois mondes, physique, social ou intérieur, investissez-vous le plus d’énergie en ce moment ?

Le principe d’autorégulation autogène de J. H. Schultz et le basculement attentionnel (Umschaltung)

Le principe d’autorégulation autogène repose sur une idée simple : l’être humain peut commander sa propre détente physiologique afin de rétablir l’équilibre interne, ou homéostasie, sans aide extérieure.

Ce processus s’appuie notamment sur le développement de l’intéroception, c’est-à-dire la capacité à percevoir et écouter les sensations internes du corps. Le basculement attentionnel (Umschaltung) permet de déplacer l’attention du monde extérieur vers l’expérience vécue de l’intérieur.

Cette compréhension éclaire, sans doute, l’évolution de la sophrologie caycédienne, qui s’est progressivement éloignée d’un modèle strictement médical pour s’orienter vers une approche existentiale, intégrant les différentes dimensions de l’existence humaine à travers ses degrés de pratique.

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Amicalement, Henri Boon


Par Henri Boon
Président fondateur de la Société Belge de Sophrologie et de Relaxation.

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Posté le 13 avril 2026