Intéroception et expression : quand le langage enrichit la perception

Le langage joue un rôle central dans le développement de l’intéroception, c’est-à-dire notre capacité à percevoir nos sensations corporelles.

Pouvoir nommer avec précision ce que l’on ressent permet non seulement de mieux communiquer nos expériences, mais aussi de les percevoir avec plus de finesse. Par exemple, un enfant peut ressentir des sensations corporelles, mais il les perçoit de façon moins fine s’il ne dispose pas encore du vocabulaire nécessaire pour les décrire. 

À l’inverse, un adulte francophone capable de ressentir avec précision mais qui doit exprimer ces sensations dans une langue qu’il maîtrise moins bien pourra percevoir ces sensations dans toute leur subtilité mais aura plus de difficulté à les décrire avec autant de précision. 

Cette idée se voit aussi à l’échelle des langues et des cultures. Certaines langues ont des termes très précis pour des nuances que d’autres regroupent sous un mot général. Par exemple, le français parlera simplement « neige » ou « blanc », alors que certaines langues inuites distinguent plusieurs types de neige, neige fraîche, neige tassée, neige poudreuse… 

Développer son langage du corps

Transposé à l’intéroception, cela signifie que l’on peut ressentir des sensations fines sans pouvoir toujours les nommer. Certaines langues africaines possèdent, par exemple, des termes précis pour des types spécifiques de chaleur, de tension ou de bien-être dans le corps. Un francophone pourra ressentir ces sensations mais il ne pourra pas les nommer avec autant des précisions puisque le français ne dispose pas de terme aussi précis. 

Cela montre que la perception et l’expression ne sont pas exactement la même chose : le vocabulaire enrichit et affine l’expression du ressenti, mais la perception, elle, existe déjà. 

Ainsi, la perception existe indépendamment du langage mais le langage enrichit notre manière de comprendre et de communiquer ce que nous ressentons. 

Développer son langage du corps, par exemple à travers un journal de bord des sensations, est donc un outil précieux pour affiner sa conscience corporelle et enrichir son expérience personnelle.

Créer votre propre lexique

Voici quelques grilles pour vous aider à créer votre propre lexique :

1. Ressenti corporel / interocéption

  • MAIA / MAIA-2 : questionnaire multidimensionnel de conscience intéroceptive (plusieurs sous-échelles, pas un score unique “magique”).

2. Etats modifiés de conscience

  • 5D-ASC (Dittrich) : évalue différentes dimensions d’altération de l’expérience
    • restructuration visuelles
    • sentiment océanique
    • sentiment de perte de contrôle comme la dissolution de l’ego
    • altérations auditives
    • réduction de la vigilance, …

3. Mesurer “l’éprouvé au plus près du vécu

4. Mesurer “le sens/la profondeur” d’une expérience

5. Vécu du contrôle / lâcher-prise

  • PCI (Phenomenology of Consciousness Inventory) : adapté pour l’hypnose, la relaxation profonde, la méditation, l’imagerie mentale, etc. Couvre des dimensions telles que attention, volonté/contrôle, conscience de soi, affect et altérations de l’expérience.
  • Protocole simple pour suivre vos expériences :
    • Vos déclencheurs : fatigue, musique, marche, respiration, conflit, lecture…
    • Vos marqueurs corporels ou sensoriels : souffle, mâchoire, chaleur, vision, silence…
    • Vos profils d’expérience : tunnel / panorama, effort / sans effort, choisi / subi
    • Ce qui stabilise versus ce qui fait retomber votre état

5. Cartographie plus large de l’état modifié de conscience

  • Si vos séances explorent des expériences plus intenses, le 5D-ASC peut être utilisé. Il est plus orienté vers les états modifiés en général, mais pour les pratiques d’autogénie “classique”, le PCI reste généralement mieux adapté.

🔍 Lors de notre prochain rendez-vous je vous proposerai une liste exhaustive des ressentis corporels liés aux EMC. Alors restez curieux et connectés pour de prochaines explorations au cœur des mystères de votre cerveau et de votre conscience 

Amicalement, Henri Boon


Par Henri Boon
Président fondateur de la Société Belge de Sophrologie et de Relaxation.

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Posté le 24 juillet 2026