Un accident vasculaire cérébral (ou AVC) est souvent imprévisible et bouleverse bien davantage que le fonctionnement du corps. À la suite de cet événement brutal et éprouvant, les repères peuvent vaciller. Certains gestes deviennent difficiles. La parole peut être affectée. Une fatigue intense s’installe et les émotions prennent parfois une place inattendue. La personne se retrouve à composer progressivement avec une réalité nouvelle, souvent effrayante. Car le chemin de la revalidation demande du temps, de la patience et de la persévérance.
L’AVC se caractérise par un arrêt brutal de la circulation sanguine dans le cerveau. D’après les dernières données des Cliniques Universitaires Saint-Luc, environ 20.000 personnes sont victimes d’un AVC chaque année en Belgique. Il s’agit de la première cause de handicap acquis chez l’adulte.
Dans environ 80% des cas, on parle d’AVC ischémique, autrement dit un caillot obstruant un vaisseau cérébral. Dans les 20% de cas restants, on le qualifie d’hémorragique, causé par une rupture vasculaire. La cause la plus fréquente est l’hypertension artérielle. C’est la raison pour laquelle les médecins recommandent fortement de la faire contrôler régulièrement. Il est important d’aller consulter au moindre signe d’alerte. Cependant, d’autres facteurs peuvent contribuer tels qu’un taux de cholestérol élevé, le tabagisme ou d’autres pathologies.
La sophrologie, un espace supplémentaire de soutien
Dans ce chamboulement intérieur, la sophrologie offre un espace complémentaire de soutien. Elle offre un temps pour ralentir, se reconnecter à son corps et permet de retrouver des points d’appui rassurants. Il ne s’agit pas de remplacer les soins ni le travail du personnel (para)médical. Juste d’accompagner la personne dans son vécu, à son rythme, en tenant compte de ses besoins et de ses possibilités. Celles-ci peuvent parfois varier d’une séance à l’autre.
Chaque personne et chaque situation est différente. La sophrologie invite à s’appuyer sur un de ses quatre grands principes : celui de l’adaptabilité. Elle porte son attention sur ce qui est présent. Même si certains mouvements ou certaines facultés restent fragilisés, le·a sophrologue invite à vivre un moment de calme. Un moment de présence à soi. Un espace pour aider à mobiliser les ressources de la personne. Cela permettra de poursuivre le chemin de la revalidation avec davantage de sérénité.
L’après-AVC : un parcours singulier
Les conséquences d’un AVC dépendent notamment de la zone du cerveau touchée et de l’étendue de la lésion. Certaines personnes présentent une hémiplégie ou une hémiparésie, c’est-à-dire une paralysie ou une faiblesse partielle d’une partie du corps. D’autres rencontrent des troubles de langage, de la mémoire ou de l’attention, des problèmes d’équilibre ou des variations de l’humeur. Sans oublier la fatigue qui peut, elle, durer longtemps après l’accident.
Le parcours de récupération est loin d’être linéaire. Les premières semaines sont marquées par une vulnérabilité physique et émotionnelle ainsi qu’un épuisement important. Au fil de la revalidation, des progrès encourageants peuvent apparaître. Ils peuvent être suivis de périodes où rien ne semble bouger… voire régresser. La répétition des exercices que l’on pensait pourtant acquis, les efforts nécessaires au quotidien face aux gestes les plus simples et un état de brume mentale pèsent souvent sur le moral. La peur d’un nouvel AVC peut s’installer. On peut aussi se sentir en colère face à un corps qui ne répond plus comme avant.
Chaque personne vit cette expérience différemment. Ses séquelles, son histoire, son environnement et sa manière de vivre l’accident influencent ses besoins. C’est pourquoi il n’existe donc pas de protocole standard. L’accompagnement repose d’abord sur une écoute attentive. Chaque séance s’ajuste à la personne et à ce qu’elle vit ce jour-là.
Pourquoi faire appel à la sophrologie après un AVC ?
La sophrologie intervient en complément d’un suivi (para)médical et du travail de revalidation. Elle ne remplace donc ni les soins, ni la kinésithérapie, ni l’accompagnement orthophonique. Son rôle est tout autre ! Elle offre un espace où la personne peut prendre en compte les changements. Que ce soit dans son corps, dans ses émotions et dans sa vie de tous les jours.
Une séance ne représente pas un mouvement à réussir ou une performance à atteindre. La personne peut simplement retrouver un sentiment de présence à soi. Elle peut prendre le temps de sentir ce qui se passe. Dans un quotidien souvent rempli de rendez-vous médicaux, d’exercices routiniers et de difficultés inattendues à surmonter, cette parenthèse peut vraiment faire du bien.
La sophrologie s’appuie sur différents outils pour y parvenir, notamment sur la respiration, la conscience du corps, les mouvements doux et les visualisations. Ces pratiques sont choisies avec soin selon les besoins et les capacités de la personne. Et toujours dans l’optique d’accompagner la personne là où elle en est.
Quelques pistes concrètes d’accompagnement
Retrouver un espace de calme et de sécurité intérieure
Après un AVC, beaucoup de personnes se disent beaucoup éprouvées par l’incertitude de la récupération et la perte de repères au quotidien. L’accompagnement peut démarrer très simplement. A l’aide d’une respiration simple. Remarquer le passage de l’air dans le corps. Sentir le dos contre le dossier du siège ou les pieds bien à plats sur le sol. Il n’y a rien à chercher, juste observer ce qui se présente.
Bien entendu, chaque exercice s’adapte, selon les besoins, à une position assise ou allongée. Si l’AVC s’est déroulé très récemment, mieux vaut proposer de courtes séances et voir comment la personne réagit. La fatigue du moment doit toujours guider le rythme proposé.
Accueillir la peur, la colère et le découragement
Une myriade de sentiments peut surgir à différents moments du parcours de revalidation : la peur d’une récidive, la colère contre un corps qui ne répond plus comme avant, la frustration face aux difficultés. Parfois, la personne peut éprouver des difficultés à expliquer ce qui se passe en elle. Elle peut ne pas avoir envie d’en parler, tout simplement. Il est important de lui laisser cette liberté et de s’adapter à son état physique et émotionnel.
Le·a sophrologue accueille les propos de la personne avec bienveillance et sans a priori. Il s’agit plutôt de lui offrir une place, tout en lui permettant de retrouver des moments de répit. De bons points de repère seraient des mots simples, une voix calme et le respect des limites corporelles et émotionnelles.
Se réapproprier progressivement son corps
Quand le corps change, la relation que l’on a entretenue avec lui durant toute une vie change également et peut devenir compliquée. Certains gestes doivent se réinventer, d’autres demandent plus d’attention. Même en l’absence de séquelles visibles, il peut être difficile de se reconnaître dans ce corps devenu plus fragile, devenu « autre ». La sophrologie invite alors à se reconnecter à des repères sensoriels : sentir les points de contact avec le fauteuil, le lit ou le sol, et réaliser un mouvement doux. Certains exercices de relaxation dynamique peuvent être envisagés, toujours en tenant compte des capacités de la personne. La douceur reste essentielle. Il ne s’agit pas de se substituer aux exercices prescrits en revalidation ou de forcer une zone encore fragilisée.
Confiance, espoir et ressources
Le parcours de revalidation est souvent de longue haleine. Quand les progrès ralentissent, la confiance en soi et en l’avenir peut vaciller. Plutôt que de porter son attention sur ce qui échappe encore à la personne, la sophrologie peut aider à remarquer ce qui demeure accessible. Que ce soit un souvenir qui réchauffe le cœur, un lieu dans lequel on se sent protégé, une sensation agréable ou même une évolution encourageante qu’elle a pu constater.
La visualisation d’un paysage ressource, par exemple, permet d’évoquer un jardin, une maison, une plage, une forêt dense. Le plus important est de l’emmener vers un endroit associé à un sentiment de sécurité. Ce n’est pas une méthode pour faire disparaître les difficultés sous le tapis, mais une façon de leur donner un peu moins de place pendant un bref moment. Des exercices d’activation des capacités peuvent également soutenir la confiance, l’harmonie et l’espoir, ou toute autre capacité que la personne jugera utile de booster ce jour-là.
Respecter la fatigue et le sommeil
La fatigue après un AVC peut être très importante et persister durant de nombreux mois, parfois même jusqu’à plus de deux ans. Le sommeil peut également être perturbé, comme des difficultés d’endormissement ou des réveils nocturne, ajoutant encore plus de fatigue à un cerveau qui travaille déjà activement à se rétablir.
Dans ce contexte, quelques respirations ou des temps de détente très courts se révèlent plus appropriés que de longues séances de visualisation. Le repos fait partie prenante des besoins à respecter.
Soutenir l’attention
L’attention et la mémoire peuvent être touchées par l’AVC, et la fatigue accentue souvent ces difficultés. Certaines pratiques sophrologiques se révèlent alors appropriées, telles qu’en se concentrant sur un objet neutre, en observer sa forme et sa texture, puis remarquer les sensations que cette observation fait naître en nous.
Là encore, s’adapter prend tout son sens : les consignes doivent rester simples et le rythme suffisamment lent. L’exercice doit rester un soutien, et non une tâche supplémentaire à accomplir.
Quels outils sophrologiques proposer ?
La respiration se révèle souvent être une bonne porte d’entrée. On peut simplement observer le souffle, sentir le mouvement du ventre ou de la poitrine, et relâcher doucement les épaules. La cohérence cardiaque ou la respiration en carré peuvent aussi être envisagées, à condition que la pratique reste confortable.
Travailler autour des appuis corporels permet de revenir à des sensations directes et concrètes. La technique de la présence de l’axe respiratoire est également une bonne piste. Elle associe l’observation du souffle à la représentation d’un axe intérieur, favorisant ainsi une sensation de stabilité, ce qui peut aider dans la récupération d’un équilibre corporel et émotionnel. Des exercices de relaxation dynamique du premier degré peuvent aussi être introduits progressivement.
Les visualisations offrent d’autres possibilités. On peut se projeter dans un paysage aimé, se remémorer un lieu familier ou retrouver mentalement une expérience agréable. Selon la demande et toujours en complément du travail des professionnels concernés, la visualisation de gestes du quotidien ou de mouvements déjà travaillés en revalidation peut également être proposé.
La douche virtuelle, qui associe l’automassage à l’image d’une douche qui emporte les tensions, peut aider à porter attention aux différentes parties du corps. D’autres séances peuvent aussi porter sur l’activation vitale ou les trois capacités. Encore une fois, aucune technique n’est automatique : ce sont les besoins de la personne qui guident les choix.
Adapter l’accompagnement au fil du parcours
Durant les premières semaines après l’AVC, la prudence est de mise. La personne est souvent extrêmement fatiguée et se sent vulnérable à de nombreux niveaux. Une simple présence, une voix calme, un contact physique rassurant et quelques mots échangés suffisent souvent. Si une exploration sensorielle est envisagée, il vaut mieux ne solliciter qu’un sens à la fois afin de ne pas surcharger la personne. La stimulation du goût demande une précaution particulière et, surtout, l’accord de l’équipe médicale, en raison d’un risque de « fausse route ».
Lorsque la revalidation avance, des exercices de respiration, des mouvements doux et des visualisations peuvent être introduits progressivement. Plus tard, les besoins peuvent changer et l’accompagnement évolue en ce sens. Le besoin de réconfort et de soutien, lui, ne disparaît pas forcément et peut encore être présent près de deux ans après l’AVC, notamment dans le cadre de la réinsertion sociale ou professionnelle.
L’anamnèse initiale est centrale, mais chaque échange durant les séances suivantes l’est tout autant. Comment la personne vit-elle sa situation ? Qu’aimerait-elle travailler actuellement ? Qu’est-ce qui lui paraît possible aujourd’hui ? Le·a sophrologue veille particulièrement à observer les réactions de la personne, emploie des consignes faciles à comprendre et ne part pas trop vite dans l’exploration des sensations. Il ne faut pas oublier non plus de rappeler régulièrement à la personne qu’elle peut se sentir libre d’adapter un exercice ou de décider de ne pas le poursuivre.
Accueillir le positif sans l’imposer
Un souvenir heureux, un endroit familier, une sensation de chaleur ou la satisfaction d’avoir accompli un geste sont des expériences qui peuvent devenir des points d’appui pendant une séance. Cette attention portée aux ressources ne fait pas disparaître la peur, la tristesse ou la colère, mais elle rappelle que tout n’est pas forcément difficile à chaque instant.
Il ne s’agit pas de demander à la personne de rester positive à tout prix. Oui, certaines journées sont plus difficiles que d’autres, et elles ont le droit de l’être. Le rôle du/de la sophrologue est d’accueillir ce qui se présente et de proposer une expérience qui aide la personne à souffler, si cela s’avère possible.
Pour conclure…
Après un AVC, la personne doit souvent composer avec une vie qui ne ressemble plus tout à fait à celle d’avant. Il y a les nombreux efforts durant la revalidation, les changements du quotidien, une évolution dans le rapport à son corps et aux autres. Et des progrès qui sont parfois fulgurants, et puis bien trop discrets. La sophrologie peut offrir un espace de présence à soi et de respiration. Elle permet de retrouver des sensations familières et de mobiliser des ressources personnelles… dont certaines peuvent même apparaître après l’accident et montrer toute la force intérieure dont chaque personne dispose.
La clé de cet accompagnement réside dans l’adaptabilité. Une fois de plus, il n’existe pas de protocole unique : chaque séance se construit avec la personne, en fonction de son état, de ses besoins et de ses possibilités du moment. La douceur, l’écoute et le respect du rythme individuel restent indispensables.
La sophrologie demeure un soutien complémentaire aux soins (para)médicaux et à la revalidation. Elle ne promet ni raccourci ni résultats miracles. Elle offre en revanche un moment durant lequel la personne n’est pas définie par ses séquelles, mais par la vie qui coule en elle. Elle permet à la personne de retrouver un peu de calme et de soutien pour poursuivre son chemin… et de lui faire prendre conscience de ses multiples ressources personnelles.
Par David Giuliano
Sophrologie, hypnothérapie et contes thérapeutiques
