Interview de

Janine Boon

Dans cette rubrique « Nougat ou chocolat ? », nous aimons mettre en lumière des parcours qui inspirent, des personnalités qui incarnent la sophrologie avec profondeur et sincérité. Aujourd’hui, c’est avec une admiration toute particulière que nous donnons la parole à Janine Boon, dont le chemin de vie force le respect et éclaire la pratique.

Pour ceux et celles qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis née et j’ai toujours vécu à Bruxelles, je ne me vois pas vivre ailleurs. La campagne, ce n’est pas pour moi.

Mon père était directeur de société et ma mère appartenait à cette génération de femmes qui ne travaillaient pas. Elle s’est toujours occupée de mon jeune frère et de moi. Bon, je ne vous apprendrai rien en disant que je suis mariée, que j’ai deux fils et cinq petits-enfants. Ils ont tous apporté beaucoup de bonheur dans ma vie.

J’ai fait des études de kinésithérapie et, très vite, j’ai plongé dans une vie professionnelle exigeante, tout en menant en parallèle une vie personnelle bien remplie. 

J’ai travaillé à la clinique Saint-Michel, d’abord en obstétrique puis en orthopédie dont j’ai été nommée par la suite cheffe de service. Je dois dire que cela m’a beaucoup plu d’être seule maître à bord. J’ai exercé cette fonction pendant 20 ans. En orthopédie aussi, j’ai réussi à introduire un peu de sophrologie, même si le domaine s’y prêtait moins.

J’ai donné cours pendant très longtemps à l’ISCAM, où je proposais une approche théorique de la sophrologie, car j’étais et je suis toujours, persuadée qu’un substrat théorique aide à intégrer la pratique. Au départ, il n’y avait que des kinés, mais, par la suite, des psychologues ont commencé à suivre mes cours.

À côté de mon travail, je me suis également investie dans la SBSR, jusqu’à en devenir la présidente pendant plusieurs années. Nous organisions régulièrement des événements qui rencontraient beaucoup de succès. Parmi ceux-ci, il y a eu le deuxième congrès de sophrologie pour les 25 ans de la SBSR, en 1983. Le thème de cette rencontre était le stress. Pour en parler, nous avions contacté des professeurs des quatre grandes universités belges (ULB, UMons, ULiège et UCLouvain), qui ont chacun abordé le stress d’un point de vue différent mais extrêmement intéressant.

À côté de ces grandes rencontres, la SBSR organisait tous les vendredis des conférences autour de la sophrologie. Ces conférences rencontraient également beaucoup de succès ! 

Nous avons aussi organisé des conférences dans l’amphithéâtre de l’hôpital Brugmann. Je me souviens notamment de l’intervention du psychiatre Alain Donaerts qui intégrait la sophrologie dans sa pratique.

Enfin bref, je ne me suis pas ennuyée durant toute cette période parce qu’organiser ces conférences et trouver des orateurs de qualité demandait beaucoup d’investissement mais quand on aime, on ne compte pas !

Comment avez-vous découvert la sophrologie ?

La sophrologie est entrée dans ma vie à un moment très particulier : lors de ma première grossesse. Mon mari venait de rencontrer Caycedo et de suivre son séminaire. Il avait trouvé l’approche très intéressante et m’a accompagnée par la sophrologie durant cette période. Il m’a tellement bien préparée que, le jour de mon accouchement, j’ai subi une épisiotomie, qu’il a fallu recoudre, et cela s’est fait sans anesthésie et surtout sans douleur (rires).

À partir de ce moment-là, je me suis formée à la sophrologie auprès de Caycedo. J’ai commencé à m’investir en obstétrique avec une approche sophrologique. Je me suis également intéressée au travail du docteur Álvaro Aguirre de Cárcer, gynécologue espagnol qui formait les femmes à l’accouchement. Il est d’ailleurs venu deux jours à Bruxelles pour donner un séminaire sur la sophro-pédagogie obstétricale à la maternité de Saint-Michel, où je travaillais. À la suite de cela, le chef de service d’obstétrique m’a proposé de faire une conférence sur le sujet, aussi bien pour les infirmières que pour les médecins.

J’ai alors commencé à introduire la sophrologie à la maternité. J’ai beaucoup aimé ce travail mais il y avait malheureusement beaucoup de gardes à assurer et, avec deux enfants en bas âge, c’était difficile. Je me suis donc concentrée sur la patientèle externe. Ce qui est assez cocasse, c’est que c’étaient surtout des médecins extérieurs à Saint-Michel qui m’envoyaient leurs patientes pour faire de la sophrologie, parce qu’il y avait encore des réticences à la pratiquer au sein même de l’hôpital.

Peu à peu, je me suis aussi spécialisée en relaxation selon la méthode de Jacobson.

Y a-t-il un courant ou une personne qui vous a particulièrement influencée ?

Bien sûr, les fondements posés par Alfonso Caycedo sont essentiels. Mais pour être honnête, il y a eu plein de sophrologues épatants et au-delà des écoles ou des courants, ce sont surtout les expériences et les rencontres qui façonnent une pratique.

J’admirais beaucoup Jean-Paul Crépin. C’était un formidable kiné qui travaillait avec Henri et je dois dire qu’il appliquait la sophrologie de manière fantastique ! Il s’est aussi occupé de la préparation à l’accouchement ; Je me souviens qu’il faisait cela dans la cave de notre maison au boulevard Lambermont. Il y avait beaucoup de place et donc c’était facile d’installer les tapis.

Avez-vous vu une évolution dans le métier de sophrologue ?

Oui, la sophrologie s’est largement développée. C’est une bonne chose, parce qu’elle est devenue plus accessible, même si cette évolution a aussi soulevé la question du maintien d’un haut niveau d’exigence dans la pratique. En effet, certains praticiens n’étaient clairement pas assez formés. Pour eux la formation devait aller vite pour pouvoir proposer de la sophrologie à côté de toutes sortes d’autres techniques alors que nous nous positionnions exclusivement comme des sophrologues formés.

Il est devenu de plus en plus important avec le temps de rester exigeant dans la formation, dans la pratique, dans l’éthique. La sophrologie ne peut pas être réduite à un ensemble d’outils. C’est une véritable posture. Aujourd’hui certains sophrologues n’accordent d’importance qu’à l’aspect financier mais être sophrologue c’est avant tout aider les autres.

On dit souvent qu’il y a autant de sophrologies que de sophrologues… quelle est la vôtre ?

Ma vision est profondément ancrée dans la sophrologie telle que proposée par Caycedo. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour son approche, pour la rigueur et la cohérence qu’il a apportées à la méthode.

C’est une base qui me semble essentielle et à laquelle je reste fidèle dans ma pratique. Elle offre un cadre structurant, tout en laissant la place à une rencontre authentique avec la personne accompagnée.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite se former ?

Pour être honnête, je ne suis plus suffisamment au fait de l’offre de formation actuelle pour recommander un cursus en particulier. Je donnerais donc plutôt des conseils de bon sens : choisir une formation solide, bien sûr, mais surtout s’engager avec sincérité, faire les choses avec amour.

Il est essentiel de s’impliquer personnellement et de prendre le temps de se former. La sophrologie ne s’apprend pas uniquement dans les livres ou à travers des protocoles : elle se vit, elle s’expérimente. 

Et à quelqu’un qui n’a jamais essayé la sophrologie ?

Je lui conseillerais avant tout de prendre le temps de choisir un sophrologue avec soin. parce qu’il y a des gens sérieux et compétents et d’autres beaucoup moins. C’est essentiel de tomber sur quelqu’un de qualité.

La sophrologie peut apporter une aide précieuse, notamment dans la gestion du stress, mais aussi dans certains accompagnements en rééducation. À condition, bien sûr, d’être guidé par un praticien de qualité, formé et engagé dans sa pratique.

Si vous ne deviez garder qu’un seul principe de Caycedo ?

C’est une question difficile ! Je dirais le principe de réalité objective. Ce principe nous ramène à l’essentiel, à ce qui est là, sans filtre, sans interprétation de la part du sophrologue. C’est une base précieuse pour accompagner avec justesse et respect.

En dehors de la sophrologie, qu’est-ce qui vous plaît, qu’est-ce qui vous fait vibrer ?

Je ne reviendrai pas sur ma famille, qui occupe une place essentielle dans ma vie.

En parallèle de la sophrologie, le sport a toujours tenu une place très importante, et plus particulièrement le tennis. J’ai été une très bonne joueuse et j’ai eu la chance d’être entraînée par des joueurs américains de Coupe Davis. J’ai pratiqué ce sport toute ma vie, jusqu’à l’année dernière. Aujourd’hui, même si je ne joue plus, je ne manque jamais une occasion de retrouver mes amis et mes anciens partenaires autour d’un verre.

J’ai également un grand intérêt pour l’histoire de l’art, et plus particulièrement pour la peinture. La Renaissance italienne me touche beaucoup, mais aussi la Renaissance allemande, notamment à travers l’œuvre de Dürer. Pendant longtemps, j’ai assisté aux conférences du Musée des Beaux-Arts, qui m’ont énormément apporté.

Ce sont des univers différents, mais qui, chacun à leur manière, ont nourri mon regard et mon équilibre.

Alors, dernière question, Janine … plutôt nougat ou plutôt chocolat ?

Sans hésiter… chocolat. Il est vrai qu’en Belgique, nous avons du bon chocolat et un grand savoir-faire…

Posté le 28 mai 2026