Interview de

Philippe Antoine

Pour ceux et celles qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Philippe Antoine. Je suis né à La Buissière, un petit village du Hainaut, tout près de la frontière française.

J’y ai vécu jusqu’à l’âge de 7 ans, puis mon père, qui travaillait à la Poste, a accepté un poste à Moustier-sur-Sambre, ce qui nous a poussés à déménager.

J’ai poursuivi ma scolarité primaire à Moustier-sur-Sambre, puis mes études secondaires au séminaire de Floreffe. Ensuite, je me suis orienté vers des études de médecine à l’Université Catholique de Louvain (UCL), qui, à l’époque, se situait encore à Leuven.

Dès le début de mes études, je me destinais à la psychiatrie mais j’étais aussi intéressé par les médecines dites parallèles, en particulier par la phytothérapie et l’aromathérapie.

Durant ma dernière année, en suivant la spécialisation en médecine tropicale à Anvers, j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme, alors assistante en microbiologie. Nous nous sommes mariés en 1969 et avons eu deux enfants : un garçon en 1972 au Zaïre (actuelle RDC) puis une fille en 1975 à notre retour en Belgique

J’ai exercé la médecine générale pendant près d’un an, avant que nous partions ensemble au Zaïre, où ma femme poursuivait une thèse en microbiologie tropicale. J’y ai commencé ma spécialisation en neuropsychiatrie de 1970 à 1974, ensuite achevée en 6 mois en Belgique, après notre retour.

À part cela, je peux dire que j’ai grandi dans une famille plutôt ordinaire, avec un grand frère qui m’a beaucoup appris et qui, lui, a choisi la voie d’ingénieur en agronomie. 

Comment un médecin en vient-il à se spécialiser en sophrologie ?

Mon parcours de recherche et mes intérêts personnels m’ont conduit tout naturellement vers la sophrologie. J’ai toujours été fasciné par les états de conscience, un sujet que j’ai exploré à plusieurs reprises au cours de mes études. Au début de ma carrière, j’ai effectué une spécialisation en mycologie médicale et mon mémoire portait sur les champignons hallucinogènes. Puis, au Zaïre, j’ai étudié certaines maladies tropicales et mon sujet de mémoire portait sur la maladie du sommeil.

De retour en Belgique, j’ai poursuivi une licence en psychologie. C’est à cette époque que j’ai rencontré Henri Boon que j’ai invité à donner une conférence à Louvain-la-Neuve. Il m’a alors proposé de travailler avec lui dans le centre qu’il avait fondé et dédié à la psychosomatique, la sophrologie et la sexologie.

J’ai collaboré avec Henri BOON pendant sept ans, tout en terminant ma licence. C’est tout naturellement que j’ai choisi la sophrologie comme sujet de mémoire parce qu’elle s’était imposée à moi comme une approche complémentaire dans mon parcours et comme une option intéressante dans mon intérêt pour les états modifiés de conscience.

Par la suite, je me suis intéressé à l’hypnose et à la méditation que je pratique depuis très longtemps.

Durant mes études, j’avais rencontré le Dr Jean VALNET qui avait remis l’aromathérapie dans le champ de la médecine ; il m’avait proposé de fonder, en 1977, la Société Belge de Phytothérapie et Aromathérapie (SBPA, devenue aujourd’hui SBP&N, pour Nutrithérapie), mais je suis resté plus théoricien que praticien en phytothérapie. 

Suite à mes activités dans le domaine des médecines naturelles, j’ai donné un cours d’analyse critique des médecines parallèles à l’UCL. Bref j’ai toujours eu un pied dans la médecine académique et un autre pied dans les pratiques dites parallèles. Aujourd’hui je n’ai plus d’activité académique mais je continue à développer la méditation dont la dimension spirituelle m’intéresse.

Parlez-nous de votre pratique de sophrologie ?

J’ai découvert la sophrologie à l’époque où je travaillais avec Henri Boon. À ce moment-là, nous nous concentrions essentiellement sur les trois premiers degrés de la méthode. En parallèle, je participais à des groupes de sophrologie organisés à l’université UCL, ce qui m’a permis d’approfondir ma pratique.Par la suite, j’ai été nommé chargé de cours invité à l’UCL pour donner un cours de techniques de relaxation, fondé sur la sophrologie. Ce cours s’adressait aux étudiants en éducation physique et en kinésithérapie. Ma pratique personnelle est restée centrée sur les trois premiers degrés que je considère encore aujourd’hui comme une base solide et suffisante pour une pratique cohérente et efficace de la sophrologie.

J’ai tout de même eu l’opportunité de suivre le quatrième degré à Andorre, avec Alfonso Caycedo mais je ne suis pas allé au-delà. Dans ma pratique, j’ai utilisé la sophrologie davantage comme une technique de relaxation que comme une philosophie de vie. 

Avec le temps, mes affinités m’ont orienté vers l’hypnose et la méditation, que j’ai explorées plus en profondeur.

Cela dit, je n’ai jamais cessé d’enseigner la sophrologie à l’université et je suis resté très engagé dans ce domaine. Entre 2000 et 2015, j’ai même eu l’honneur d’être président de la SBSR, ce qui m’a permis de garder un lien fort avec la discipline et ses évolutions.

Au cours de vos années de pratique, avez-vous vu une évolution de la sophrologie ?

Personnellement je n’ai pas suivi l’évolution parce que je suis resté dans une pratique assez formelle de la sophrologie et je ne me suis pas ouvert à toutes les autres branches de la sophrologie qui se sont développées au fil du temps. À partir de la fin des années ’80, les sophrologues caycédiens se sont revendiqués comme les seuls « vrais sophrologues », ce qui me dérange un peu. Pour moi, quelle que soit la branche de la sophrologie à laquelle on appartient, l’important est de bien faire ce que l’on fait.  

Je vois surtout une différence entre la sophrologie pratiquée en Belgique et en France. En Belgique, au début, les sophrologues avaient souvent une formation en kinésithérapie. Ceci explique l’importance de la dimension relaxation. En revanche, en France, l’approche est beaucoup plus orientée vers la dimension psychologique. Cette distinction, bien qu’apparemment subtile, impacte considérablement la pratique quotidienne.

Auriez-vous un conseil à donner à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans la sophrologie ?

Je lui conseillerais de développer sa dimension intérieure. Je veux dire par là qu’il ne suffit pas de recevoir un enseignement extérieur ni de connaître toutes les techniques qui existent. Il est essentiel de les expérimenter sur soi-même et de se poser les bonnes questions : Qu’est-ce que cela m’apporte ? Qu’est-ce que je ressens ? Est-ce bénéfique pour moi ?

Je leur recommanderais également de soumettre tout enseignement aux trois filtres de Socrate : le filtre de la vérité, afin de remettre en question ce que l’on apprend, le filtre de la bonté, pour déterminer si cela leur fait du bien en tant qu’individu et enfin le filtre de l’utilité, pour évaluer si cela est réellement utile. Je pense franchement que c’est important de soumettre tout enseignement aux filtres de Socrate.

Qu’aimeriez-vous dire à quelqu’un qui n’a jamais pratiqué la sophrologie pour l’inciter à vivre cette expérience ?

Je lui dirais que la sophrologie est une méthode globale, profondément humaine, qui s’adresse à la personne dans la totalité de son corps, de son esprit et de ses émotions. Elle agit sur ce lien subtil qu’on appelle le psychosomatique, cette interaction permanente entre ce que nous vivons intérieurement et ce que notre corps exprime.

C’est une excellente approche lorsqu’on ressent un symptôme physique ou un mal-être diffus et qu’on aspire à retrouver un mieux-être, une forme d’harmonie intérieure. La sophrologie ne se contente pas d’atténuer les effets, elle nous invite à revenir à nous-même, à vivre une expérience psychocorporelle unique, à la fois apaisante et structurante.

C’est aussi une méthode antistress particulièrement puissante, accessible et adaptable à chacun. Mais évidemment, tout dépend de ce que la personne cherche. La sophrologie n’a pas vocation à tout résoudre. Si un travail thérapeutique en profondeur est nécessaire, la sophrologie ne remplace pas une psychothérapie. À moins, bien sûr, que le sophrologue ait une double casquette et soit également psychothérapeute.

Mais dans bien des cas, elle peut devenir un allié précieux sur le chemin du mieux-être, du développement personnel et d’une vie plus harmonieuse.

Y a-t-il un sophrologue qui vous a particulièrement inspiré ?

Bien évidemment Henri Boon avec qui j’ai travaillé durant 7 ans qui alliait les compétences, la bienveillance et la rigueur ; il obligeait à se poser de nombreuses questions vu qu’il était animé d’une grande curiosité dans différents domaines. J’ai aussi été formé par Yves Davrou à l’époque où il travaillait en Belgique ; il a ensuite fondé sa propre école de sophrologie dynamique basée sur la dynagogie. C’était quelqu’un de très chaleureux, et d’encourageant. Sa sophrologie était particulièrement centrée sur le principe d’action positive qui occupait une place de choix. 

Sans directement travailler avec lui, j’ai rencontré Alfonso Caycedo en Andorre, il dégageait une forte personnalité. Je considère aussi que l’Ecole Belge de Sophrologie Fondamentale et de Relaxation donne un enseignement très complet, suite à l’impulsion initiée par Françoise Delhalle, un temps associée à Jean-Paul Crépin et ensuite à notre regretté ami et sophrologue Eric Medaets.

Si vous ne deviez garder qu’un seul des quatre principes de la sophro, lequel serait-ce?

Pour moi le principe d’action positive est important. Il y a d’ailleurs tout un domaine de la psychologie, appelé psychologie positive, qui s’est développé sur la base de ce principe. C’est très important de se centrer sur le « oui » plutôt que sur le « non ». II y a une phrase en anglais que j’aime citer :  Maximise the virtues, minimise the faults.

Cela étant, j’aurais du mal à ne pas garder le principe de réalité objective, à la base du non-jugement, fondamental en sophrologie et en méditation.

A part la sophrologie, quelles sont vos passions et qu’est-ce qui vous fait vibrer ?

Bien sûr, il y a la méditation mais j’en ai déjà parlé. Sinon je suis passionné par la musique, surtout la musique classique. Avec ma femme, nous allons régulièrement au concert. Je fais aussi un peu de piano, je tape comme je peux sur mon piano (rires). La relève est assurée avec notre petit-fils, qui joue nettement mieux que moi !

À part cela, depuis tout jeune, je m’intéresse à la parapsychologie qui m’a beaucoup inspiré dans mes choix professionnels. Enfin je suis passionné par la philosophie et la spiritualité. Je participe d’ailleurs à des groupes de recherche dans le domaine du spirituel.

Pour terminer sur une note moins sérieuse, êtes-vous plutôt nougat ou plutôt chocolat ? plutôt bière ou plutôt vin ?

Je suis plutôt chocolat mais alors du bon chocolat. Pour le choix bière ou vin j’ai une maxime qui résume bien mes préférences : La bière, ça désaltère et le vin c’est divin ! 

L’équipe du CA en janvier 2023

Philippe Antoine est membre d’honneur de la SBSR et continue d’accompagner l’équipe actuelle du Conseil d’Administration.


Posté le 29 août 2025